« Ma donnée numérique fait partie de mon être » : entretien avec l'auteur de Vision
Il n'est pas développeur, il a construit Vision avec l'IA pour protéger sa famille. L'auteur de Vision raconte l'origine du projet, ses choix sur la vie privée, sa méthode, et ce qu'il attend de la communauté.
Il n'est pas développeur. Il travaille dans le marketing, a trois enfants, une maison à rénover, et très peu de temps. C'est pourtant lui qui a construit Vision, un outil de supervision des écrans pour Home Assistant, avec l'aide de l'IA. Entretien avec son auteur, sur l'origine du projet, la vie privée, sa façon de travailler et la suite.
Comment est né Vision ?
D'un problème tout bête : les enfants se plaignaient que leur ordinateur était lent. Je suis passionné d'informatique. Je ne suis pas développeur, mais je maîtrise plutôt bien les outils d'IA, alors je me suis lancé.
La toute première version accélérait le démarrage du PC et filtrait les sites dangereux : aujourd'hui, la liste noire de Vision protège contre environ 143 000 domaines connus pour diffuser des logiciels malveillants ou pratiquer l'hameçonnage. Et c'est là que j'ai été surpris : la quantité de sites qui nous espionnent est énorme. Sur chaque PC d'un Demandeur, Vision bloque en moyenne environ 120 tentatives de connexion par jour, toutes catégories confondues, et l'écrasante majorité vise la publicité et le pistage. Environ 200 domaines de publicité et de traçage sont désormais bloqués. Bingo, j'avais touché juste.
Ensuite est venu l'encadrement du temps d'écran. Chez nous, en dessous d'une certaine moyenne scolaire, on n'a pas accès au téléphone ni au PC : il faut travailler pour y avoir droit, un peu comme un salaire. Tout ça passe par Home Assistant et des automatisations. Puis, au fil des semaines, « et si j'ajoutais ça ? » : une petite appli mobile, une appli pour la TV…
Aujourd'hui, ce n'est plus de la bidouille personnelle, c'est un produit qu'on peut diffuser. Je suis parti de mes propres besoins ; je me tourne maintenant vers ceux des utilisateurs.
À qui s'adresse Vision ?
D'abord aux personnes qui ont déjà Home Assistant, un peu sensibilisées à la sécurité de leurs données, et qui aiment décider elles-mêmes de ce qui se passe chez elles. Surtout des familles, mais aussi n'importe qui voulant se protéger.
Vision, c'est un peu le gardien de la maison. Il filtre ce qui ne doit pas être vu ou lu, bloque les sites malveillants et classe les sites par catégories. Il fait trois choses : encadrer l'activité, la mesurer, et laisser les plus jeunes grandir dans un environnement sûr, concentrés sur ce qui compte au moment où ça compte.
Un exemple : à l'heure des devoirs, les jeux et YouTube sont fermés. Ce sont des enfants : s'ils peuvent jouer, ils jouent, c'est normal. Mais si un professeur demande de regarder une vidéo YouTube, on peut l'ouvrir, et elle reste ouverte pour tout le monde parce qu'on l'a rangée dans une catégorie que nous avons créée, « ressources pédagogiques ». Et tout ce fonctionnement, catégories comprises, s'automatise. C'est aussi ça, l'intérêt.
Family Link, Microsoft Family Safety… pourquoi faire autrement ?
Ce sont de belles applications, franchement très bonnes, je ne crache pas dessus. Mais quand on a quelques connaissances et qu'on installe Home Assistant chez soi, on a le pouvoir, et presque le devoir, de protéger encore mieux sa famille.
Que Google ou Microsoft nous connaissent pour la publicité, en soi, ça ne me dérange pas. Mais ma donnée personnelle est à moi : ma donnée numérique fait partie de mon être. Je ne veux pas la donner, et je ne veux pas que mes enfants donnent la leur sans leur consentement. C'est pour ça que tout reste à la maison : pas de compte, pas de nuage, pas de publicité.
En plus, ça protège contre les petites menaces, comme ces requêtes qui partent d'un PC et fournissent des données à des gens pas forcément très sains. Et au quotidien, ça ne change rien : tout a été pensé pour être souple, sans douleur, y compris pour les plus jeunes. Il devient facile de dire « non, ce n'est pas de ton âge » ou « attention, ce site est connu comme malveillant », parce que Vision s'appuie sur des sources reconnues : le DNS filtrant de Cloudflare, VirusTotal, des bases de données de sites d'hameçonnage.
Précision : les données et les décisions restent dans Home Assistant. Vision interroge seulement ces services pour vérifier un site, et un service de musique si on en utilise un.
Pas développeur, et pourtant : comment construit-on Vision avec l'IA ?
J'admire ceux qui codent tout eux-mêmes ; c'est un savoir que j'aurais aimé apprendre. Je sais écrire quelques lignes (HTML, PHP, YAML, Power Query), mais ce n'est pas mon métier, et je manque de temps.
Quand Anthropic a sorti Claude pour coder, il y a quelques mois, j'ai commencé par un petit jeu, toujours en cours. Et je me suis dit : c'est comme avoir une super équipe de développeurs devant moi, capable de me comprendre, ce qui est déjà pas mal, et qui code très vite. Qu'est-ce qu'on peut faire avec ça ? Mon premier vrai essai a été de relier notre chaudière à Home Assistant. Ça a marché, test après test. C'est là que j'ai compris qu'on pouvait aller beaucoup plus loin.
Je me place en chef de projet : « j'ai constaté ça, j'ai besoin de ça, comment on fait ? ». Je ne veux pas que l'IA me mâche tout. Je veux qu'elle m'aide à réfléchir, qu'elle me dise si je me trompe, si c'est cohérent, s'il manque quelque chose. Ça me donne d'autres idées et ça m'aide à me structurer.
Ce qui m'a surpris, c'est la facilité. Mais ça impose d'être bien organisé : si vous lui demandez un carré rose au milieu de l'écran, elle le fera. Peut-être qu'elle vous dira que ce n'est pas une bonne idée, mais elle le fera quand même. Il faut donc bien réfléchir à son idée, savoir être challengé, et challenger l'IA en retour pour obtenir le meilleur.
Et demain ?
Vision va continuer d'avancer, plus doucement. On a ajouté la musique parce que chez nous on en écoute presque tous les jours et qu'on aime se partager des morceaux. La prochaine vraie étape, ce sera d'améliorer les tableaux de bord dans Home Assistant : c'est très important. Pour les audiophiles, l'objectif est aussi d'écouter dans des formats de meilleure qualité. Et de continuer à améliorer l'interface.
Ce qui m'intéresse, c'est que les gens en parlent sur les forums : ce qui est bien, ce qui ne l'est pas, ce qu'ils aimeraient, ce qu'ils ont réussi à faire avec. On est partis des besoins de notre famille, mais notre famille n'est pas unique : on va être des milliers à avoir besoin des mêmes choses. Alors partagez-les. Et si vous êtes à l'aise avec les outils, développez, envoyez-nous vos idées, on testera. Montrez-nous.
Un conseil à qui hésite à se lancer ?
Il y a encore quelques mois, Home Assistant était compliqué quand on partait de zéro. L'équipe a fait énormément d'efforts pour le rendre accessible. L'automatisation et la programmation peuvent encore rebuter : au début, on se dit que c'est de la bidouille. En réalité, c'est devenu tellement facile que ça n'en est plus.
Avec l'IA, et un peu de budget quand même, parce qu'un outil fiable demande pas mal de réflexion, ça devient très simple. Faire un produit de qualité, raisonnablement sécurisé, c'est possible.
Pour essayer Vision, rendez-vous sur la page du projet. La feuille de route suit l'avancée. Et si Vision vous rend service, vous pouvez offrir un café.